Macky Sall, l’architecte discret des manœuvres en Guinée-Bissau depuis le Maroc ?

Dans les capitales ouest-africaines, certains noms continuent de circuler même lorsqu’ils ne sont plus au pouvoir. Celui de Macky Sall en fait partie. Officiellement retiré de la vie politique sénégalaise depuis avril 2024, l’ancien président n’a pourtant jamais totalement disparu des radars. À mesure que les mois passent, une question revient avec insistance dans les cercles diplomatiques et sécuritaires de la région : Macky Sall a-t-il réellement tourné la page, ou continue-t-il à tirer les ficelles depuis l’ombre ?

Installé à Marrakech, loin de Dakar mais au cœur de réseaux stratégiques, l’ex-chef de l’État sénégalais est aujourd’hui cité dans une série d’événements troublants, dont l’épicentre se situe en Guinée-Bissau, pays voisin et historiquement instable. Au centre de cette équation : Umaro Sissoco Embaló, son allié de longue date, ancien président bissau-guinéen, renversé lors d’un coup d’État controversé en novembre 2025… avant de le rejoindre au Maroc.

Cette enquête de Nouvelles Afrique, fondée sur des témoignages confidentiels, des recoupements régionaux et des documents internes, met en lumière une mécanique discrète mais persistante d’influence et de repositionnement politique.

Marrakech : retraite paisible ou centre de commandement ?

Lorsque Macky Sall arrive à Marrakech avec sa famille, quelques jours après la passation de pouvoir à Bassirou Diomaye Faye, beaucoup y voient une sortie élégante, presque apaisée. Une villa confortable, des relations solides avec le royaume marocain, et le silence médiatique : tout semble indiquer une retraite dorée.

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Mais selon plusieurs sources diplomatiques ouest-africaines, cette image est trompeuse.

C’est depuis le Maroc que Sall aurait facilité l’installation d’Umaro Sissoco Embaló, après la chute brutale de ce dernier à Bissau. Le parcours de l’ex-président bissau-guinéen est révélateur : fuite précipitée, passage par le Sénégal puis le Congo-Brazzaville, avant un refuge final à Marrakech. Deux anciens chefs d’État, tous deux affaiblis mais toujours connectés, réunis loin de leurs capitales respectives.

Pour plusieurs observateurs, ce rapprochement n’a rien du hasard.

« La Guinée-Bissau et la Gambie sont vues comme des leviers régionaux », confie un analyste sécuritaire basé à Abidjan. « Des pays petits, fragiles, mais stratégiques. »

Des liens ethniques, politiques et économiques — notamment autour de contrats énergétiques signés en 2020 — renforcent cette alliance ancienne entre Sall et Embaló. Une alliance que l’exil n’aurait pas affaiblie.

Une campagne électorale sous influence

 

À Bissau, lors de la campagne électorale de 2025, certaines présences n’ont pas échappé aux regards avertis. Doudou Ka, homme d’affaires et figure politique sénégalaise proche de l’ancien régime, est aperçu à plusieurs reprises dans les cercles fermés de la capitale bissau-guinéenne. Il séjourne à l’hôtel Azalaï, lieu de passage bien connu des élites politiques régionales.

À ses côtés, Abdoulaye Baldé, ancien ministre et ex-maire de Ziguinchor, une ville frontalière stratégique, elle aussi connectée aux dynamiques bissau-guinéennes. Selon plusieurs témoins, Baldé aurait facilité la mise à disposition de véhicules 4×4 loués au Sénégal, utilisés pour la logistique de campagne d’Embaló.

Un détail intrigue particulièrement : ces véhicules auraient quitté Bissau la veille même du coup d’État du 26 novembre 2025.

Officiellement, rien n’est documenté. Aucune trace sur les réseaux sociaux, aucun communiqué. Mais dans la diaspora bissau-guinéenne, le récit est clair.

« Tout se faisait dans la discrétion. Embaló savait qu’il était en difficulté », confie une source basée à Dakar.

Un coup d’État trop parfait pour être spontané ?

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Le 26 novembre 2025, l’armée annonce avoir pris le pouvoir. Umaro Sissoco Embaló est arrêté, le processus électoral suspendu. Mais très vite, des voix s’élèvent : ce coup d’État aurait tout d’une mise en scène.

Des sondages internes donnaient Embaló en net recul. Sa défaite semblait probable. Selon plusieurs sources concordantes, l’ancien président aurait choisi la fuite stratégique plutôt que l’humiliation électorale.

Fait troublant : son directeur de campagne est nommé Premier ministre par les militaires, tandis que plusieurs opposants sont arrêtés ou poussés à l’exil.

Depuis Dakar, le Premier ministre sénégalais Ousmane Sonko parle sans détour d’un « coup fabriqué ». Peu après, Embaló rejoint le Maroc. Là où Macky Sall l’attend.

Sur les réseaux sociaux, les accusations fusent : manipulation politique, protection de réseaux criminels, refus de perdre le pouvoir. Rien n’est prouvé formellement, mais l’alignement des faits interroge.

Une région sous tension

Cette affaire dépasse la Guinée-Bissau. Elle s’inscrit dans une Afrique de l’Ouest fragmentée, fragilisée par les coups d’État successifs, les fractures au sein de la CEDEAO et la montée des rivalités d’influence.

La Guinée-Bissau, déjà coutumière des ruptures institutionnelles, redevient un point de vulnérabilité. La Gambie pourrait suivre. Et derrière ces instabilités, certains voient la main d’anciens leaders refusant de disparaître.

Macky Sall, souvent critiqué pour son interventionnisme passé, se présente aujourd’hui comme un défenseur d’une « nouvelle Afrique ». Mais les faits, s’ils se confirment, racontent une autre histoire.

Nouvelles Afrique a sollicité les entourages de Macky Sall et d’Umaro Sissoco Embaló. Aucune réponse n’a été obtenue à ce stade.

Une chose est certaine : loin des projecteurs, les jeux de pouvoir continuent. Et parfois, ce sont les anciens présidents qui jouent les parties les plus longues.

Nouvelles Afrique poursuivra ses investigations.

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